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Économies et soins aux aînés

Économies et soins aux aînés, Brigitte Breton, journal Le Soleil, 9 février

(Québec) ÉDITORIAL / «J'ai pris l'engagement de veiller sur la santé et le bien-être des aînés, de même que sur la qualité de leurs milieux de vie.» Cette déclaration du ministre Gaétan Barrette, lors de l'annonce mardi de la construction d'un CHSLD, serait plus crédible si Québec s'assurait aussi de la qualité des services et de la formation des préposés dans les ressources intermédiaires d'hébergement. Lorsque les propriétaires de ces résidences s'en préoccupent plus que le ministère, il y a quelque chose qui cloche.

Selon la directrice générale de l'Association des ressources intermédiaires d'hébergement du Québec (ARIHQ), le gouvernement désengorge «à rabais» le secteur public. Des membres de l'association décrivaient récemment au Soleil les difficultés qu'ils éprouvent à recruter, à former et à retenir des préposés aux bénéficiaires. La tâche et les responsabilités sont lourdes pour un salaire de 11 à 13 $ de l'heure. Le roulement de personnel est élevé, le recrutement est permanent.

Les propriétaires embauchent à leurs frais des infirmières auxiliaires pour s'éviter des problèmes. Ils déplorent devoir diriger les résidents vers les hôpitaux faute de professionnels pour venir vérifier sur place leur état de santé. Dans certains cas, ce sont les policiers qui sont appelés à la rescousse. 

En décembre, le député péquiste Harold Lebel reprochait au ministre de considérer les ressources intermédiaires comme une voie de garage pour désengorger les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) et les hôpitaux. «Ça coûte moins cher, la main-d'oeuvre est bon marché.» 

Les chiffres sont en effet révélateurs. Il en coûte à l'État 1200 $ par jour pour un lit dans un hôpital, 300 $ dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée et 100 $ pour un lit dans une ressource intermédiaire.

Bien sûr, il faut que les gens soient à la bonne place et qu'ils n'accaparent pas inutilement des lits, du personnel très spécialisé et des équipements que leur état de santé ne requiert pas. Mais même si l'état d'un individu âgé en perte d'autonomie ou atteint d'une déficience mentale ou physique n'exige pas une hospitalisation ou un placement dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée, il requiert néanmoins de l'assistance et des soins chaque jour. La recherche d'économies ne peut être l'unique critère et permettre qu'on néglige la qualité des services et la sécurité des usagers.

C'est un minimum que le ministre et les centres intégrés de santé et de services sociaux qui concluent des contrats avec des ressources intermédiaires dans le privé s'assurent que le personnel est compétent et en nombre suffisant pour veiller sur des personnes vulnérables. 

Or, le Protecteur du citoyen a dû intervenir plus d'une fois dans des ressources intermédiaires. Certaines ont dû fermer leurs portes. Les rapports sont troublants. Le Protecteur remet d'ailleurs en question la qualité et la surveillance de ce type de ressources. Notons que l'ARIHQ, toujours en attente d'une nouvelle entente nationale, réclame elle aussi un meilleur encadrement. 

Annoncer la création de nouvelles places d'hébergement, moderniser et construire des infrastructures adaptées aux besoins des personnes âgées et en perte d'autonomie et améliorer les repas servis dans les CHSLD sont bien sûr des actions bienvenues, mais le ministre Barrette doit faire encore plus et veiller sur tous les types d'hébergement.

On peut se tourner vers Ottawa et blâmer le fédéral de ne pas financer suffisamment la santé. Le Québec doit néanmoins assumer sa part de responsabilité. Il a trop tardé à adapter ses services au vieillissement de la population.