« Notre mission, c’est vraiment d’accompagner des adultes qui vivent avec une déficience intellectuelle ou qui sont autistes dans tous les aspects de leur vie adulte. »

C’est ainsi que Céline Lobet, directrice générale de Compagnons de Montréal, définit la philosophie qui guide l’organisation. Nous l’avons rencontrée avec Anne Girard, coordonnatrice de l’hébergement, lors de notre visite dans cette Ressource Intermédiaire montréalaise qui accueille 26 adultes vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

Formation socioprofessionnelle, friperie avec pignon sur rue sur la Plaza Saint-Hubert, projet d’agriculture urbaine, centre d’activités de jour, volet loisirs : à Compagnons de Montréal, le milieu de vie se prolonge bien au-delà des murs de la résidence. Chaque semaine, plus de 175 personnes gravitent autour de l’organisme.

Cette variété de services est guidée par la même intention : accompagner des adultes dans leur vie quotidienne, leurs choix, leurs apprentissages, leur santé et leur participation sociale.

Le vieillissement : un défi qui transforme le quotidien des équipes

Comme plusieurs RI du réseau, Compagnons de Montréal constate une évolution marquée du profil des personnes hébergées. Les résidents vieillissent et leurs besoins de santé occupent une place grandissante dans le quotidien des équipes.

Selon le rapport d’activités 2025‑2026 de Compagnons de Montréal, 64 % des personnes résidentes ont plus de 51 ans. Au cours de la dernière année, 465 rendez-vous médicaux ont été coordonnés, une hausse de 72 % par rapport à 2023. Parmi ces rendez-vous, 43 % concernaient des soins infirmiers. 

Au quotidien, cela signifie des prises de sang à organiser, des suivis de diabète, des plaies chroniques, des changements de pansements, des rendez-vous spécialisés, des accompagnements à l’hôpital et de nombreux échanges avec les professionnels de la santé.

« Notre gros défi en ce moment, ce sont vraiment les soins infirmiers, honnêtement. On ne pourrait pas fonctionner autrement que d’avoir quelqu’un à temps plein pour faire les appels, s’assurer des rendez-vous et coordonner les suivis », explique Céline Lobet.

Pour faire face à cette réalité, Compagnons de Montréal a créé un poste dédié à la coordination des rendez-vous médicaux. La personne n’est pas infirmière, mais elle devient un point de repère essentiel pour éviter que cette charge repose entièrement sur les intervenants.

L’organisme a aussi implanté le système XPill Pro afin de sécuriser la gestion de la médication. Cette implantation a permis un accompagnement plus sécuritaire et personnalisé, en plus d’une progression estimée à près d’un tiers dans la fiabilité des suivis liés à la médication.

Accueillir des profils plus complexes sans fragiliser le milieu

Le vieillissement n’est pas le seul changement observé. Au fil des années, Compagnons de Montréal voit aussi arriver des profils plus diversifiés, parfois marqués par de longs parcours institutionnels, des besoins en santé plus complexes et des enjeux de communication ou des comportements qui nécessitent un accompagnement plus soutenu.

Pour l’équipe, il ne suffit plus qu’une place soit disponible. Il faut aussi évaluer si le milieu pourra réellement répondre aux besoins de la personne, sans fragiliser l’équilibre collectif.

« On a une mission en tant que Ressource Intermédiaire : accueillir les personnes. Mais il faut le faire dans l’intérêt de la personne qui arrive, et aussi dans l’intérêt de celles qui vivent déjà ici », explique Céline Lobet.

« Il y a l’individu, puis il y a la collectivité. La place de l’individu dans la collectivité, c’est quelque chose qu’on doit toujours considérer », ajoute-t-elle.

Sensibiliser de futurs policiers à la clientèle DI-TSA

Parmi les initiatives marquantes de la dernière année figure la collaboration avec le Cégep Maisonneuve. Compagnons de Montréal y rencontre des étudiants en Techniques policières, afin de les sensibiliser aux réalités vécues par les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, et ainsi améliorer la communication entre les deux groupes.

« Il y avait un résident qui disait : “Moi, j’ai été arrêté trois fois.” Puis finalement, en l’écoutant, on comprenait qu’il s’était perdu et que sa mère le recherchait », raconte Anne Girard.

Pour les étudiants, ces échanges offrent un contact direct avec des réalités qu’ils seront appelés à côtoyer dans leur pratique. Pour les résidents, ces rencontres deviennent l’occasion de partager leur expérience et de contribuer, à leur façon, à la formation de futurs professionnels.

Donner une plus grande place à la voix des résidents

Au fil de la visite, une conviction revient constamment : à Compagnons de Montréal, les résidents ne sont pas des bénéficiaires passifs de services.

« On prône vraiment beaucoup l’autodétermination. On ne veut pas penser à la place des personnes. On les considère comme des adultes avant tout, et pour nous, c’est important qu’elles puissent vivre leur vie comme elles l’entendent », affirme Céline Lobet.

Cette posture influence même les mots utilisés au quotidien.

« L’accompagnateur, c’est quelqu’un qui vient soutenir, guider. Alors qu’un intervenant, ça ramène souvent une notion d’expertise. Nous, on voudrait davantage parler d’accompagnement », explique-t-elle.

Cette volonté de donner une place réelle à la parole des personnes accompagnées s’est aussi concrétisée par la création du Comité des ambassadeurs. Quinze personnes élues y participent afin de représenter les différents groupes qui composent la vie de l’organisme. Le comité a déjà permis de faire émerger des actions concrètes, dont l’installation d’horloges sur les étages, de nouvelles idées d’activités, des travaux d’accessibilité devant le bâtiment et une implication progressive des ambassadeurs dans certains événements.

À terme, Compagnons de Montréal souhaite faire de ce comité un véritable relais entre les personnes accompagnées et ses instances de gouvernance.

Cette réflexion sur la place des personnes accompagnées se prolonge aussi dans le projet Accepté d’être, savoir accompagner : mieux soutenir pour transformer les pratiques DI-TSA LGBTQ+. L’objectif est de développer des outils et des approches mieux adaptés aux réalités des personnes DI-TSA issues de la diversité sexuelle et de genre.

Le langage clair : rendre l’information accessible

Autre chantier structurant : le virage vers le langage clair et simple. L’objectif est de rendre l’information compréhensible pour tous : les résidents, bien sûr, mais aussi les proches, les personnes issues de l’immigration, les partenaires et le public en général. Phrases courtes, vocabulaire précis, moins de jargon institutionnel : pour Compagnons de Montréal, cette démarche dépasse la simple communication. Elle devient une condition de l’autodétermination. Comment faire un choix éclairé lorsque l’information est difficile à comprendre ?

« On veut faire le plus possible des phrases courtes, simples et claires. Le langage clair et simple, ce n’est pas seulement pour les personnes qu’on accompagne. C’est un langage universel », explique Céline Lobet.

Cette démarche amène l’organisation à revoir progressivement ses outils, ses consignes et ses communications pour les rendre plus accessibles au quotidien.

Adapter les pratiques sans perdre de vue la personne

Dans un réseau où les besoins évoluent rapidement, Compagnons de Montréal rappelle qu’il est possible d’adapter les pratiques sans perdre de vue l’essentiel : la personne.

Vieillissement de la clientèle, hausse des besoins en santé, diversification des profils, autodétermination, inclusion et participation citoyenne : les défis sont nombreux. Mais derrière chacune des initiatives mises en place se retrouve la même volonté d’offrir un milieu de vie où les personnes peuvent exercer leur pouvoir d’agir et prendre toute leur place.

Au fond, Compagnons de Montréal est avant tout un milieu où l’on vit ensemble, où l’on décide ensemble et où l’on grandit ensemble.

« C’est vraiment l’essence de Compagnons : le côté famille, l’esprit Compagnons, l’entraide. C’est notre fil conducteur », résume Céline Lobet.

Pour en savoir plus sur les services et activités de Compagnons de Montréal :

🌐 compagnonsdemontreal.com | 📞 514 727‑4444

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