Les médicaments en situation d’hébergement

Les médicaments représentent l’une des pierres angulaires du traitement des maladies chroniques. Offerts sous plusieurs formes et variant d’un usager à l’autre, il est facile de s’y perdre. Des études font état de résultats alarmants; tant au Canada, qu’en Europe ou ailleurs sur la planète, nous sommes tous confrontés aux mêmes problématiques, d’un continent à l’autre. Nicholson, E.C. & Damons, A., dans leur étude réalisée en Afrique du Sud, illustrent bien ce constat. Ils mentionnent que 83% des personnes hébergées ont reçu la médication d’un autre usager, et que dans 50,8% des cas, les médicaments ont été servis au mauvais moment… ouille!

De plus, outre la médication en pilulier, s’ajoutent les médicaments hors-pilulier, comme les timbres cutanés. Ces derniers nécessitent une attention et une minutie particulières lors de l’administration. En situation d’hébergement, le client est entièrement dépendant du personnel et place une confiance absolue en lui afin d’obtenir les bons traitements.

Administration de la médication en Ressource Intermédiaire (RI)

Clément Dubois (cas fictif), atteint de trouble neurocognitif majeur et d’autres maladies chroniques, habite en RI. De multiples médicaments lui sont servis, dont deux timbres cutanés : un pour les pertes cognitives, l’autre pour soulager ses douleurs. Les sites d’application des timbres ne sont pas inscrits sur la feuille d’administration des médicaments (FADM). Les heures de pose et de retrait ne sont pas toujours respectées et varient d’un ou une employée à l’autre. Parfois, il y a trop de timbres sur l’usager, ou bien ils sont absents. Des rougeurs sont présentes à différents endroits sur son corps, et le résident se plaint de douleurs, malgré la thérapie censée lui convenir. Le personnel insiste pour ajuster la médication. Est-ce la solution?

Les profils pharmacologiques sont complexes en RI. La FADM papier ne répond plus aux besoins. Il est très difficile, voire impossible, d’y annoter les données nécessaires pour assurer les suivis cliniques : les sites d’application sont peu ou pas inscrits, l’état de la peau n’est pas mentionné, les heures de pose et de retrait ne sont pas constantes. Selon Nicholson, E.C. & Damons, A, il est démontré qu’une omission de signature, et donc de documentation, est rapportée dans 57 % des administrations; la continuité de soins est grandement affectée. Un outil de suivi est nécessaire afin de solutionner cette problématique.

Timbres cutanés – intégrer la FADM électronique (FADMe)

Charlotte, coordonnatrice, s’interroge sur le problème soulevé par son personnel. L’infirmière responsable du plan thérapeutique de M. Dubois soutient que l’usager devrait être soulagé et que l’observance au traitement devrait être investiguée. Puisque les ajouts de recommandations via un système papier n’apportent pas les résultats escomptés, Charlotte et sa direction regardent du côté d’une FADMe connectée à la pharmacie, qui encadre le processus du circuit du médicament et détecte les erreurs avant qu’elles ne soient commises.

La FADMe connectée à la pharmacie assure un profil à jour en temps réel, sans saisie d’information par le personnel de soins, qui peut ainsi maximiser son temps avec les usagers. Une bonne FADMe permet les fonctionnalités suivantes au sujet des timbres :

  • Par un simple balayage du timbre de la personne hébergée, le personnel de la RI a accès :
    • Aux directives infirmières pour guider la pose
    • À l’inscription du site d’application des timbres
    • À l’ajout de descriptions de l’état de la peau lors de l’application et du retrait
    • À l’historique des sites d’application
    • À une signature électronique
    • À toutes les autres informations nécessaires pour identifier la résidente ou le résident et effectuer les 7 bons.
  • Des tâches de validation de timbre sont automatiquement générées pour les traitements de plus de 24 heures.
  • Une tâche de retrait de timbre est automatiquement calculée et programmée, permettant ainsi de respecter rigoureusement la durée du traitement.

De plus, toutes ces informations sont accessibles sur une seule et même page! Grâce aux codes à barres qui se trouvent sur les produits, les 7 bons sont validés, et les erreurs détectées. L’étude de Szczepura A., Wild D., Neslon S., réalisée en Angleterre, confirme notamment que les systèmes utilisant des codes à barres permettent de prévenir les erreurs.

La technologie à la rescousse!

Suite à l’utilisation d’une FAMDe (Xpill Pro), le processus de la médication est désormais stable. Il a été constaté que M. Dubois retirait ou déplaçait ses timbres la nuit, car ceux-ci lui causaient des démangeaisons. Les rougeurs étant dues aux timbres, la situation a été adressée, et l’usager les retire de moins en moins souvent. Les sites d’application sont répertoriés et le suivi de l’état de la peau est facile à réaliser. Les timbres manquants sont maintenant remplacés lorsqu’ils ont été retirés par l’usager. M. Dubois a beaucoup moins de douleurs.

La programmation automatisée des vérifications et des retraits de timbres assure le respect de la durée de pose prescrite. Charlotte constate une stabilisation de l’état de santé de l’usager, grâce à la technologie. De plus, elle note une nette diminution des erreurs liées aux autres médicaments ainsi que des effets indésirables sur les usagers.

Les problèmes de santé de M. Dubois étaient dus à une mauvaise observance au traitement de timbres. Sans la technologie, un ajustement de l’ordonnance aurait pu être fait, à tort. Comme l’application des timbres et le dosage administré varient d’un employé à l’autre et selon le comportement du patient, une augmentation de la dose prescrite aurait pu avoir des conséquences néfastes pour la santé de M. Dubois.

Conclusion

Le mode des FADM papier est difficile à gérer en général. Il s’avère inadéquat, voire dangereux, pour certains types de traitements qui exigent un contrôle accru, comme les timbres. Il n’offre clairement pas le soutien nécessaire au personnel de la santé. Comme le disait si bien Einstein : « L’homme et sa sécurité doivent constituer la première préoccupation de toute aventure technologique ». La complexité croissante de la médication rend la modernisation des outils incontournables.

Priscilla Rhéaume, B. Sc. Infirmière

Gestionnaire des services professionnels et cliniques

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